viernes, enero 20, 2006

Nadine Jeanne: Evo Morales : itinéraire d'un indien élu président de la Bolivie

Evo Morales : itinéraire d'un indien élu président de la Bolivie

" Ses références sur le plan international sont le Venezuela et Cuba. Il dit avoir pris conseil des présidents Hugo Chavez et Fidel Castro, qui lui ont montré comment mener une politique nationaliste tout en accueillant les investisseurs étrangers."



6633886_o Vendredi dernier, nombre de personnes dans la foule ont bravé le froid pour pouvoir assister au discours d'Evo Morales à la Maison de l'Amérique latine.
Le premier Amérindien élu à la tête de la Bolivie, qui doit prendre ses fonctions le 22 janvier, a fait le récit de son ascension, de son enfance à sa fonction de porte-parole des paysans producteurs de coca et de dirigeant du Mouvement vers le socialisme (MAS).
"Je sais seulement comment planter la coca, défendre notre terre et mener des marches dans les rues", a-t-il déclaré vendredi, déclenchant des éclats de rire dans l'assistance.
Pourfendeur de l'impérialisme américain, Evo Morales compte parmi ses proches amis le Cubain Fidel Castro et le Vénézuélien Hugo Chavez. Décidé à devenir le "cauchemar de Washington", il veut revenir sur des années d'efforts des Etats-Unis pour éradiquer la culture de la coca, dont la Bolivie est le troisième producteur mondial. Il s'est engagé dans le même temps à lutter contre les trafics de stupéfiants. Les indiens du pays utilisent la feuille de coca de manière légale, notamment pour la médecine traditionnelle, mais elle sert également à la fabrication de la cocaïne.
Evo Morales s'est également engagé à renforcer le contrôle du pays sur les réserves de gaz, les secondes de l'Amérique latine, et à accroître les droits des indiens. (AP)

Helia Cacérès, assistante de Vincent Gazeilles, élu vert au conseil général des Hauts-de-Seine, a assisté à cette réunion. Voici son compte-rendu détaillé :
Evo Morales, 46 ans, leader "cocalero" (producteur de coca), indien aymara, devenu président de la Bolivie, un sourire enfantin sur les lèvres, a dit à deux reprises, qu'il n'arrivait pas encore à réaliser qu'il avait été élu président de son pays.

La réunion à la Maison de l'Amérique Latine, a priori prévue pour rencontrer les chefs d'entreprise français, s'est terminée en une sorte de meeting politique, tellement la salle était remplie de citoyens latinos et français, qui souhaitaient approcher le président bolivien.

Dans un discours parsemé de souvenirs d'enfance, il a parlé essentiellement de la misère profonde de son pays où le poids de 500 ans de colonisation se fait encore ressentir jusqu'aujourd'hui. Dans un pays où la population indigène représente 64% de la population, les indiens sont exclus de tous les postes importants de l'administration et de l'état. Il n'y a jamais eu un général indien, a-t-il précisé.

Un pourcentage élevé de la population indigène ne dispose pas de documents d'identité, tant l'état les a ignorés jusqu'à maintenant. Un jour, dit-il, lorsque j'étais enfant, avec mon frère, nous souhaitions organiser une petite fête pour l'anniversaire de notre père. Lorsque nous lui avons annoncé la nouvelle, il nous a demandé : quel anniversaire? Nous lui avons montré la date qui apparaissait dans sa pièce d'identité, il nous a répondu : "Cette date-là, je l'ai inventé juste pour avoir des papiers d'identité; je n'ai jamais su quand je suis né".

Il parle de la misère, des effets de la sécheresse dans certaines régions, où faute d'avoir de quoi manger, des villageois se lancent à la recherche des plantes sauvages (tubercules) pour remplir leur marmite. Les rares écoles du pays manquent d'électricité, d'eau potable.
Il raconte encore que lorsqu'il était enfant, quand les bus traversaient son village, il ramassait les peaux d'oranges et de bananes que jetaient les voyageurs par les fenêtres, pour les manger. "Je rêvais à l'époque, dit -il, de devenir un jour un voyageur de bus, pour pouvoir manger des vraies oranges et des vraies bananes."

Il dénonce la corruption comme le principal fléau de la Bolivie. Même les entreprises, dit-il, en ont assez des exigences des hommes politiques et des fonctionnaires de l'état, leur demandant des pourcentages importants en pots de vin pour gagner les appels d'offre. Il dénonce également la corruption très répandue dans les partis politiques. Beaucoup de chefs d'entreprise aujourd'hui en Bolivie ont constitué leurs capitaux avec pour source la corruption de l'état.
"Lors de ma campagne électorale, nous avons reçu de l'aide désintéressée de beaucoup de Boliviens, mais nous avons également reçu des promesses d'aide intéressées, comme lorsque quelqu'un m'a promis 10.000 dollars à condition que j'accorde un poste à son fils dans les douanes." (rires du public)

Ce sont les «politiques néolibérales» qui ont maintenu le pays dans la misère, malgré la richesse de la terre, de la "Mama Pacha" ( terre-mère en quechua). C'est pourquoi «l'Etat doit reprendre le contrôle de ses ressources naturelles.». Pour rassurer les investisseurs, nous allons nationaliser les ressources naturelles comme le pétrole, le gaz afin d'établir des contrats avec les exploitants plus justes pour l'état bolivien. Nous allons accueillir des investisseurs étrangers et nous allons respecter leurs revenus, leurs profits. Nous exigeons seulement qu'ils respectent les règles du jeu de l'état bolivien, qu'il paient les impôts qui leur correspondent."
Concernant l'éducation, il dit avoir un plan pour informatiser toutes les écoles de la Bolivie, et dit avoir pensé aux panneaux solaires, comme ressources pour avoir de l'électricité dans les villages isolés.
Ses références sur le plan international sont le Venezuela et Cuba. Il dit avoir pris conseil des présidents Hugo Chavez et Fidel Castro, qui lui ont montré comment mener une politique nationaliste tout en accueillant les investisseurs étrangers.

Dans un discours qui mélange des revendications nationalistes et gauchistes, il se revendique du communisme dans le sens où le pouvoir de son mouvement vient des "communautés d'indiens". Une bonne partie de l'économie bolivienne est encore communautaire, dans son village natal les terres et même le bétail appartiennent à la communauté. Là-bas les indiens ne savent pas ce qu'est la proprieté privée. A plusieurs reprises, il a fait allusion aussi à son expérience dans le syndicat des planteurs de coca du Chaparé, dans la région de Cochabamba.

Le grand ennemi est le gouvernement des Etats-Unis. "Nous préférons nous soumettre à notre peuple qu'à l'empire. Le gouvernement américain a essayé par tous les moyens d'empêcher que nous arrivions au pouvoir, on nous a traités de "narco-traficants, de terroristes pour nous discréditer".
On a dit : comment un homme qui ne sait que cultiver des feuilles de coca peut-il gouverner?
Il répond qu'effectivement il n'a pas des compétences en économie et en finances, mais que la Bolivie,elle, a de nombreux spécialistes compétents sur lesquels il peut compter.
Pour finir, il a annoncé que le gouvernement espagnol leur avait promis d'annuler la dette extérieure envers l'Espagne de plus de 100 millions de dollars, ainsi que des millions d'euros pour l'éducation.
Il continuera sa tournée en Chine et en Afrique du Sud avant de rentrer dans son pays.

Photo : Evo Morales reçu samedi dernier par Jacques Chirac


Nadine Jeanne, élue socialiste de Puteaux: Evo Morales : itinéraire d'un indien élu président de la Bolivie





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